Le réseau Women in Law and Development in Africa – Afrique de l’Ouest (Wildaf AO) aborde le dernier virage du projet “Agir pour l’abandon du mariage d’enfants (AAME) au Mali et au Togo”. À Lomé, l’atelier de capitalisation et de clôture qui s’ouvre ce lundi 17 novembre 2025 se veut une porte entrouverte sur la fin du projet et la pérennisation de l’engagement contre le mariage des enfants.
Pendant 34 mois, AAME s’est déployé au plus près des communautés. L’atelier réunit ce lundi des organisations de la société civile, acteurs institutionnels, leaders religieux et traditionnels, ainsi que des cyber-activistes : un écosystème dont la complémentarité a fait la force du projet. Initié dans la continuité du combat de Wildaf AO contre les mariages précoces et forcés, AAME a maintenu son cap : réduire durablement un phénomène profondément enraciné.
Acquis et dynamiques locales
Sur le terrain, la progression s’est faite par couches successives, au rythme d’un travail patient et partagé. La coordinatrice régionale de Wildaf AO, Mme Antoinette Mbou, revient sur cette dynamique qui s’est installée au fil des mois.
“Nous avons déployé une action concertée avec les communautés, les chefs religieux et traditionnels, les institutions publiques et les organisations de femmes afin de transformer les mentalités et faire évoluer les normes sociales.”
Une avancée rendue tangible par les actions directes menées sur le terrain.
“Nous avons sensibilisé des milliers de jeunes filles, mais aussi des garçons et des personnes en situation de handicap. Plusieurs centaines de leaders communautaires et traditionnels ont été formés.”
La mise en place de comités de veille a renforcé la prévention et permis une meilleure réactivité face aux signalements. Les lignes commencent à bouger, note la coordinatrice. “Nous avons constaté une hausse significative des dénonciations, un signe clair que le changement est en marche.”
Contraintes et réalités persistantes
Mais sous les acquis affleurent toujours les réalités persistantes. Mme Mbou rappelle la force des déterminants sociaux qui alimentent le phénomène : pauvreté, inégalités de genre, accès limité à l’éducation, traditions patriarcales. Autant de facteurs structurels qui ralentissent l’éradication du mariage des enfants.
Les chiffres en témoignent. Au Togo, selon Girls Not Brides, 25 % des filles de moins de 18 ans et 6 % des moins de 15 ans sont mariées. Au Mali, selon le Child Marriage Data Portal, 54 % des femmes âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans. Et selon l’Unicef, si le rythme actuel se maintient, il faudrait plus d’un siècle pour en finir avec les mariages d’enfants en Afrique de l’Ouest.
Poursuivre l’effort
Face à un tel panorama, l’idée d’une fin de projet ne peut être que symbolique. La coordinatrice de Wildaf AO insiste sur la nécessité d’étendre l’effort au-delà de la clôture administrative.
“Au regard de ces indicateurs particulièrement inquiétants, cette clôture ne doit pas être perçue comme une fin, mais comme le tremplin vers une autre étape. Il s’agira de consolider les acquis, de renforcer notre plaidoyer politique et d’intégrer durablement la lutte contre le mariage d’enfants dans les politiques publiques.”
Lancé en février 2023 et mené simultanément au Mali et au Togo, le projet AAME s’est officiellement achevé en octobre dernier. Mais si la structure se referme, l’élan, lui, demeure. Wildaf AO et ses organisations partenaires maintiennent la dynamique : poursuivre la lutte contre le mariage d’enfants, l’enraciner dans les communautés, et inscrire durablement la protection des filles dans les politiques publiques.

